La Noblesse Persane
par Monsieur Kaveh Vaziri

The Persian Nobility
by Mr Kaveh Vaziri

 

1. La naissance de la noblesse en Perse

L’Iran étant une ancienne terre dirigée pendant longtemps de manière décentralisée par des clans et des tribus, les notions d’hérédité et de famille y ont joué un rôle important. Dans l’Iran précédant l’arrivée au pouvoir de la dynastie Pahlavi (en 1925), la place de chaque individu dans la société était ainsi généralement définie dès la naissance et les classes sociales y étaient rigides, comme dans beaucoup de sociétés moyen-orientales et asiatiques.

Dans cette terre civilisée depuis des millénaires, il était donc normal que des familles d’élites locales virent le jour. Ces élites (Redjaal) prirent forme au fil des siècles et restèrent stables pendant la valse des différentes dynasties et sont particulièrement remarquables pendant le règne de la dynastie Kadjar, de 1794 à 1925.

Pendant cette ère, les charges des individus ainsi que leurs richesses, composées principalement de terres, étaient héritées de pères en fils. L’ancienneté, la continuité et les racines familiales devinrent donc des critères importants pour juger de la bonté ou de l’importance d’une personne.

Cette situation mena à la création de vieilles familles enracinées (Asil), dont la grandeur était déterminée par le savoir ou le pouvoir (l’équivalent de la noblesse de robe et d’épée en Europe).

Pour distinguer les notables de chaque région et les deux qualités précitées, deux titres héréditaires étaient primordiaux, il s’agissait des titres de Mirza et de
Khan.

Mirza
était un titre précédant le prénom, venant du terme Amirzadeh signifiant « fils de prince (dirigeant) » et était un qualificatif faisant référence au savoir, dans une société telle que la Perse du 18ème siècle, du 19ème siècle, et du premier quart du 20ème siècle où selon les estimations, 1 à 3% de la population était lettrée. Si ce titre était placé après le prénom, cela désignait un descendant de roi dans la lignée paternelle.

Khan
signifie « chef » et désignait traditionnellement les dirigeants militaires. Ce mot venait après le prénom et était utilisé en tant que titre honorifique héréditaire pour désigner les chefs de tribus. Néanmoins, avec l’acquisition de richesses par les Mirza au fil de l’histoire, ceux-ci utilisèrent également le titre de Khan, et ce dernier devint alors évocateur de la propriété terrienne. L’équivalent français serait le terme de « seigneur ».

En plus de ces titres héréditaires, des titres honorifiques individuels étaient octroyés par les différents rois. Ces titres comprenaient notamment les suffixes -Dowleh (i.e. « de l’Etat »), -Mamalek (i.e. « des Pays (provinces) »), -Molk (i.e. « du Royaume »), -Saltaneh (i.e. « de la Monarchie»), -Soltan (i.e. « du Roi »), et venaient après le prénom mais étaient également utilisés à la place de celui-ci, afin de signifier l’importance de chaque noble.

Même si ces titres étaient individuellement attribués, les rois se devaient de choisir stratégiquement les familles et clans alliés dans chaque région de la Perse pour pouvoir étendre leurs pouvoirs. Ils octroyaient donc souvent les titres de manière héréditaire.

La noblesse était alors appelée en persan Ashraaf (i.e. « les honorables ») et les membres de cette couche sociale étaient les Ashraaf zadeh (i.e. « né de l’aristocratie).

Dans le parlement de Perse de 1906, qui fut créé suite à la révolution constitutionnelle, les députés étaient choisis parmi l’élite de la société et les classes sociales composant celle-ci furent définies pour la première fois de manière officielle: les princes Kadjar (Shahzadegan-e-Ghadjarieh), les notables et la noblesse (Ayaan va Ashraaf), les propriétaires terriens (Maalekin), le clergé (Olamaa), les marchands (Todjaar), les artisans (Asnaaf).

2. Composition de l’aristocratie

2.1. Familles royales

La majorité de celles-ci sont les descendants de lignées paternelles de la dynastie d’origine turkmène (et tribale) Kadjar, qui a régné sur l’Iran de 1794 à 1925. Ils représentent plus d’une centaine de familles. Le nombre important de familles liées aux Kadjars est principalement dû à la stratégie de la dynastie, qui était de s’enraciner dans chaque province en épousant des femmes de toutes origines ethniques et sociales.

L’importance de ces familles dans la société traditionnelle iranienne dépendait alors de plusieurs critères, dont le statut du prince dont ils descendaient, l’origine sociale des femmes de la famille, et la proximité avec les lignées aînées de la dynastie Kadjar.

Hormis les familles Kadjars, des descendants directs d’autres dynasties ont continué à avoir un certain statut dans la société traditionnelle iranienne. Parmi ceux-là, nous pouvons compter les Zand, les Safavi(des), les Afshar(ides), ainsi que de nombreuses dynasties locales.  


Mohammad Ali Mirza « Dowlatshah », fils de Fath Ali Chah Kadjar,
et ancêtre de la famille Dowlatshahi


2.2. Familles de dignitaires

Les positions étant généralement héritées dans l’Iran pré-Pahlavi, beaucoup de familles de Mirza ont eu l’opportunité d’acquérir de l’importance dans l’Etat et ses différentes provinces. Il s’agissait de familles de Mostofi, c’est à dire de responsables des finances et de l’administration. L’importance d’une famille était définie notamment par les titres individuels octroyés aux membres de la famille par les différents rois (voir plus haut, titres à suffixes –Dowleh, - Saltaneh, -Molk, -Soltan, …) et par la responsabilité des familles dans les gouvernements régionaux, ainsi que dans le gouvernement central de Téhéran.

Etaient alors considérés comme aristocrates, ceux des notables qui avaient accumulé de la richesse et des titres honorifiques.


Mirza Hassan Khan « Vossough-ed-Dowleh », trois fois premier ministre
sous l’ère des Kadjars, et cousin de quatre autres premiers ministres iraniens


2.3. Familles tribales

Le dernier groupe d’aristocrates était composé des descendants des chefs des grandes tribus civilisées de l’Iran: les familles Bakhtiari, Zangeneh, Qashqai, etc. Ces familles étaient très influentes dans les diverses provinces de la Perse. Les provinces étant très vastes et le pays décentralisé avant l’arrivée au pouvoir de la dynastie Pahlavi, ces tribus étaient de véritables dirigeants dans leurs régions respectives. La majorité des terres du pays leur appartenait et les membres de chaque tribu étaient armés et se devaient de combattre pour les intérêts du clan et sous l’ordre des chefs ou Khans. Il était donc difficile pour l’Etat central de prendre des décisions sans considérer la présence de ces clans.


Ali Gholi Khan « Sardar Assad » Bakhtiari, chef de tribu bakhtiari et
commandant durant la Révolution constitutionnelle persane qui obligea
les monarques Kadjars à instaurer une constitution et un parlement


3. Les descendants des aristocrates

Il est à noter que l’étage des nobles était fermé et ceux-ci ne se mariaient en principe qu’avec d’autres nobles. C’est pour cela qu’un descendant de ces vieilles familles iraniennes est généralement lié aux trois groupes ci-dessus à la fois.

On peut considérer que la noblesse fut abolie en Perse en 1925, au moment où Reza Chah Pahlavi abolit les titres.

Les noms de familles n’existaient officiellement pas en Iran avant que Reza Chah les impose dans les années 1930. Les anciennes familles sont reconnaissables aux noms qu’elles choisirent à cette époque, qui font souvent référence aux titres ou au métier des ancêtres (e.g. Mirza Ahmad Khan Ghavam-Saltaneh devint Ahmad Ghavam).

La plupart de ces grandes familles insistèrent sur l’éducation et la formation de leurs enfants et la première couche sociale à être instruite en Iran était issue des familles aristocratiques. Dès le début du 20ème siècle, les membres de ces familles effectuaient souvent l’entièreté ou une partie de leurs études dans de grandes universités européennes.
Cela fit en sorte que les enfants de l’aristocratie iranienne brillèrent dans divers domaines et eurent également des positions à hautes responsabilités sous la dynastie moderne des Pahlavis, même si cette dernière favorisait la création d’une nouvelle bourgeoisie.

D’ailleurs, les privilèges des vieilles familles furent complètement anéantis lors des réformes agraires de 1963, où les terres furent divisées parmi les métayers. Ceux-ci vendant en grande partie leurs terres, s’installèrent en villes et créèrent une nouvelle classe ouvrière généralement défavorisée, et l’agriculture iranienne se vit nettement endommagée, les produits étant de plus en plus importés de l’étranger. Auparavant, les seigneurs possédaient les terres et géraient les revenus issus de leurs exploitations, tout en prenant soin financièrement et socialement des travailleurs comme des membres à part entière de leurs familles.

Ce qui a été hérité du passé dans ces anciennes familles est en plus d’un souci de la bonne éducation et de la formation, un grand sens de la dignité et des valeurs morales telles que la compassion, la générosité, ainsi que le sens du devoir. Toutes ces valeurs existent communément dans la société iranienne mais sont accentuées dans ces familles, qui habitent aussi en grande partie hors de l’Iran. 

Kaveh Vaziri

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